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Le féminisme en psychologie, pour tous et toutes

29 mai
3 min de lecture
Des mains d'homme et de femme entrelacées

Il y a un malentendu tenace, et je voudrais m'y attaquer de front. Beaucoup imaginent qu'une psychologie féministe serait « pour les femmes », et donc, par sous-entendu, contre les hommes — ou du moins sans rien à leur offrir.


C'est exactement l'inverse.


Le féminisme en psychologie ne défend pas un camp. Il s'attaque à une chose : les rôles sociaux rigides que nos genres nous assignent, à toutes et à tous, dès la naissance. Et ces rôles, ils nous coûtent, à tous.tes, qu'importe où l'on se place dans le spectre du genre.


Ce que le carcan masculin fait aux hommes


Pense à ce qu'on apprend à un petit garçon.

Ne pleure pas.
Ne te plains pas.
Sois fort.
Débrouille-toi seul.
Ne montre rien de ce qui pourrait passer pour de la faiblesse.

On appelle ça « devenir un homme ». On pourrait aussi appeler ça apprendre, très tôt, à se couper de la moitié de soi.

Les conséquences ne sont pas abstraites. Les hommes consultent moins, demandent de l'aide plus tard, nomment plus difficilement ce qu'ils ressentent — non parce qu'ils ressentiraient moins, mais parce qu'on leur a retiré les mots. Le suicide les frappe massivement plus que les femmes. Derrière les chiffres, il y a une solitude apprise, une virilité qui interdit de dire « je ne vais pas bien ».

Une psychologie féministe regarde ça en face.


Elle dit : ce n'est pas la nature masculine qui produit ce silence, c'est un script. Et un script, ça se réécrit.

Les normes de genre ne sont pas la nature


C'est le point décisif. Le féminisme en psychologie ne prétend pas que les hommes et les femmes seraient identiques. Il refuse simplement de confondre ce qui relève de la personne avec ce qu'on lui a imposé au nom de son sexe (qui parfois est en plus à l'opposé de son expression de genre).


Une personne assignée homme à qui l'on a interdit la tendresse n'est pas « naturellement » fermé. Une personne assignée femme à qui l'on a interdit la colère n'est pas « naturellement » douce. Ce sont des amputations qu'on a fait passer pour du naturel et de l'universel. Défaire ce nœud-là, c'est rendre à chacun la palette entière de ce qu'iel est : un homme qui peut pleurer sans avoir honte, une femme qui peut s'affirmer sans s'excuser.


Ça, ce n'est pas un combat de femmes contre les hommes. C'est un travail d'humains contre des cases, trop petites, pas assez nombreuses, et créées par le patriarcat et le capitalisme pour les isoler.


Quand un homme entre dans mon cabinet


Mon ancrage réside dans la périnatalité, le féminin, la traversée des grandes métamorphoses du corps.


Et pourtant, les pères, les conjoints, les hommes en transition ont toute leur place dans ce travail.


Devenir père est un bouleversement dont on parle encore peu. (Et en même temps, on a déjà bien assez à faire avec les mères en ce moment)

On attend de l'homme qu'il soit le roc, le soutien, celui qui tient pendant que la mère traverse. Mais lui aussi traverse. Lui aussi peut se sentir débordé, mis à l'écart, démuni, transformé sans avoir de mot pour le dire. Le silence qu'on lui a appris devient alors un enfermement très concret, au moment précis où sa famille aurait besoin qu'il soit présent à lui-même.

Accompagner un homme là-dedans, ce n'est pas trahir mon engagement féministe. C'est sa suite logique. Un homme réconcilié avec sa vie intérieure est un meilleur partenaire, un meilleur père — et un homme tout simplement plus libre.


Quand le problème ne vient pas du périnatal


Mes principaux accompagnements sont liés au périnatal dans le cadre de mon activité de doula. Mais en tant que praticienne TCC, j'accompagne autant l'anxiété, l'alcoolisme, l'arrêt de la cigarette, le burn out ou les TCA.


Tout le monde peut trouver une porte ouverte, si on part du même point de départ sur certaines valeurs.


Une libération qui n'a pas de sexe


Voilà ce que je crois profondément. Quand on desserre l'étau des rôles de genre, personne n'y perd. Les femmes gagnent le droit à leur force, à leur ambition, à leur colère légitime. Les hommes gagnent le droit à leur vulnérabilité, à leur sensibilité, au lien.


Et entre eux, quelque chose devient possible qui ne l'était pas tant que chacun jouait un personnage : une rencontre réelle.


Une psychologie féministe, ce n'est donc pas une psychologie réservée à un genre.


C'est une psychologie qui prend au sérieux le fait que nous sommes tous façonnés par le genre — et qui propose, à qui le souhaite, de redevenir un peu plus que ce que la société voudrait de nous.


Pour les femmes. Pour les hommes. Pour celles et ceux qui ne se reconnaissent dans aucune de ces deux cases. Pour tous et toutes, vraiment.

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